Expositions passées

Le monochrome sous tension

04 Janvier 2011 - 05 Mars 2011

Commissaire d'exposition : Matthieu Poirier

Artistes :
Lucio Fontana, Enrico Castellani, Piero Manzoni, Gianni Colombo, Piero Dorazio, Dadamaino, François Morellet, Luis Tomasello, Agostino Bonalumi, Steven Parrino, Anish Kapoor, Laurent Grasso, Anselm Reyle, Morgane Tschiember

À Milan, dès 1960 et sous la tutelle de Lucio Fontana, Enrico Castellani et Piero Manzoni amorcent un tournant décisif de l’histoire du monochrome. Pour ces artistes comme pour l’ensemble de ceux présentés dans cette exposition, il s’agit alors de briser le statut d’écran illusionniste de la peinture – fût-elle monochrome –, ceci en la ramenant dans l’espace réel, en l’incarnant et en malmenant sa planéité ou, en d’autres mots, en la tirant dans l’espace ambigu du relief.

Si la restriction de la palette à une couleur unique, voir son rejet, s’impose alors sur les surfaces, c’est au bénéfice de multiples jeux de reliefs, générés par les renfoncements, saillies et autres perturbations régulières de l’épiderme de l’œuvre. Ces effets sont loin d’être anodins ; leur simplicité formelle se fait, paradoxalement, la plate-forme d’un univers infini de variations tonales et spatiales. Autour de ces années 1960, où nombreux sont ceux souhaitant la fin de la peinture, ces mutations viennent se substituer à la composition traditionnelle du tracé ou du contraste entre valeurs chromatiques. Chez d’autres artistes alors associés à ce groupe et, dans un sens plus large, à l’art optique, cet engagement prend un sens encore plus constructiviste. Dès lors, de véritables atmosphères visuelles, aussi monochromatiques qu’elles sont instables, naissent tour à tour de superpositions d’écrans perforés et translucides (Dadamaino), de grilles superposées et vibrantes (Piero Dorazio et François Morellet), de la lente pulsation d’éléments de polystyrène (Gianni Colombo) ou encore de réseaux modulaires qui redistribuent la lumière (Luis Tomasello). Ces logiques, amorcées pour la plupart il y a près d’un demi-siècle, ont bénéficié d’un écho remarquable dans l’art le plus récent, ceci selon diverses modalités comme l’appropriation, le détournement ou la déconstruction (Steven Parrino), l’envahissement de l’espace par le plan (Morgane Tschiember) ou encore par la production de véritables abîmes monochromes (Laurent Grasso et Anish Kapoor). La réunion exceptionnelle et le dialogue nourri entre des œuvres clés de ces artistes permettront de constater in vivo le caractère perceptuel, la portée historique mais aussi l’actualité de cette abstraction profondément impure, car hautement sensible à son contexte, tant physique que culturel.

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